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L'asthme dans ses mots Balade sémantique. Bernard Pigearias.

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Créé par Bernard PIGEARIAS
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Description

B. Pigearias
Laboratoire du sommeil et de l’effort, 3, rue Cronstadt, 06000 Nice, France


Asthme, curieux mot qui semble afficher une origine très hellénisante.
Asthme, curieux mot qui peut évoquer une phonétique très arabisante.

Qu’est-ce un asthme ?

Maladie d’une fonction vitale ,
Maladie d’une vie entière à très haut risque pour certains que l’on saura identifier.
Mesurer la fonction pour définir le pathologique ,
Appréhender la clinique pour assurer la maîtrise de cette pathologie du souffle coupé…

Mais le poumon commence au bout du nez : « l’organe respiratoire  » est un.

Sa pathologie est commune, son traitement sera global, uniciste .

Organe en relation directe avec l’environnement dont il va extraire cet oxygène pour répondre aux besoins du vivant, le poumon va en subir les agressions, physiques, chimiques.

Et il réagira parfois trop : cette autre réaction, littéralement cette allergie (αλλοζ/allos – ɛργɛιν/ergein : autre travail) utile dans un premier temps pour se protéger de ce qui n’est pas soi, va devenir délétère dans sa « sur-réaction ».

Ceci concernera la vie de l’asthmatique au quotidien, son quotidien privé comme professionnel.

… un voyage dans l’histoire de la médecine et de la littérature où se croisent Hippocrate, Galien, Avicenne, Maïmonide, Maurois, Proust, Laënnec…

… un voyage sémantique au centre de la maladie humaine la plus humaine des maladies de l’homme, celle où cet humus respirant, l’homme, perd son souffle pour le recouvrer avec l’aide de son médecin.
    
Mais, que dit : « MOT » ?

Le latin disait muttum pour qualifier l’émission d’un son par l’homme : muttire sera alors l’action de produire le son mu. C’est la transcription phonétique d’un son qui va créer le mot, cette fois-ci au sens le plus primitif de ce dernier : nous sommes à l’origine de l’onomatopoïèse (onoma/ονομα : nom et poiein/ποιɛιν : créer). Ainsi « muet » est celui qui ne peut dire mu  !
    
Une IDÉE de MOT ?

Le mot est donc vocalisation, il implique l’usage du souffle. Souffler mot sera pour l’homme le début d’un usage non respiratoire de son souffle dans une expiration signifiante. Le mot sémantiquement n’existe que par la parole : on pourrait dire que c’est son écriture qui le nommera, le mot prenant nom.

Il exprime le support écrit d’une IDÉE : la racine weid, woid, wid nous a donné voir…, le latin l’a d’ailleurs très logiquement reprise dans video et c’est cette même racine que l’on relève avec le grec : Ίδέα/Idéa : idée.

Cette idée est duale dans sa perception :
    

  • forme visible donc physique : elle est l’apparence d’un objet du réel, le corps du penseur par exemple ;
  • forme invisible, relevant du concept inscrit dans le mot, elle pourrait représenter le caractère du même penseur.

Ainsi pour l’homme, cet être pensant, la forme immédiatement visible est la représentation de la plastique de son corps, et, la forme invisible est celle de la plastique de son esprit.

Et Platon de préciser l’idée idéale :

« (Seules les) Formes abstraites relevant de l’intelligence
(visibles par l’esprit humain)

Objets de la création de l’esprit humain
(…) pouvant donc être … Idéales »

    
Des mots pour le dire…

Pour un bon mot

On aimerait avoir le dernier,
Sans se donner le mot,
Ni se payer de mots,
Encore moins de mot de passe

Et toujours des mots pour dire…

C’est qu’aux mots croisés,

On aimerait se prendre au mot
Sans traduire mot à mot…
On peut n’en savoir mot
Sans pour autant avoir des mots
Pour en dire… deux mots !
Mais MOTUS !

Motet et motus !

Le motet, restera au XIIe siècle ce qu’il est littéralement, un petit mot.

Au XIIIe siècle, il sera petit poème pour devenir au XVIIe siècle le morceau de musique de paroles religieuses chanté hors office, assertion qui est toujours de mise.

Mais dès le XIVe et XVe siècle, le mot latin d’origine, « motus » exprimera très curieusement … l’absence de mot , c’est l’arrêt de la parole, expression reprise par Molière avec Georges Dandin : « Motus et bouche cousue ». ...

Source : Revue des Maladies Respiratoires (2014) 31, 8—12
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